INTEGRATION
SCOLAIRE
& PARTENARIAT

 

 
AUTISME ET SCOLARISATION
présentation

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TUTORAT EN CLIS

auprès d'enfants autistes
à l'école Paul Michaud, de Châtelaillon-Plage (17)

 

Le tutorat : un projet de toute l'école

La socialisation, besoin primordial de l'enfant autiste, peut être l'objectif d'un projet individuel déclinant de nombreux objectifs, développant moult stratégies, mettant en œuvre des myriades de méthodes révolutionnaires. Il n'en reste pas moins que rien ne vaut et ne vaudra la proximité d'enfants ordinaires pour socialiser des enfants différents.

A l'école Paul Michaud, comme dans toutes les écoles de la République, on joue dans la cour lors des récréations, on chante dans la salle polyvalente lors des séances de chorale, on danse, on fait de l'expression corporelle, on nage dans la piscine, on part en sortie. Tout ça avec des copains et des copines de l'école dans un contexte ordinaire. Et là, sans choquer personne, on pourra utiliser l'épithète " normal ", un contexte normal.
Chaque enfant ordinaire a la possibilité de proposer ses services pour accompagner un enfant différent dans les moments de vie collective de l'école. Il ne le prend pas en charge, il l'accompagne, le guide, le rassure, joue avec lui, échange. Cet accompagnement prend la forme d'un engagement moral d'une semaine, d'un contrat, pour l'enfant ordinaire qui propose ce service. L'équipe est à l'écoute de toute observation ou questionnement des tuteurs et réfléchit avec lui à la meilleure façon d'accompagner tel ou tel enfant autiste en fonction des spécificités de ses troubles.
Partout où cette pratique de tutorat a lieu, il y a consensus sur le bénéfice mutuel que produit cette proximité (*). L'enfant ordinaire qui a pratiqué le tutorat, conservera toute sa vie une image ouverte et positive de la différence.
Gérard GRIFFON, Directeur de l'école
Avril 04
 

(*) Pour Graziella FAVA VIEZZELLO (journée maître - élèves à Brive en octobre 1999), l'expérience italienne, plus ancienne que la nôtre, montre que les bénéfices pour les enfants "tuteurs" sont évidents. Ils inventent souvent avec leurs copains des savoir faire "différents" dont pourraient s'inspirer les adultes. Certains ont même eu des choix professionnels marqués par cette expérience scolaire.

 

Quelques règles pratiques
Les règles et le fonctionnement du tutorat n'ont guère changé depuis l'ouverture de la classe et restent proches de la description qu'en donnait la première institutrice, Mme Corinne Boeuf

La préparation

Concertation avec les enseignants, les familles (par l'intermédiaire du Conseil d'Ecole) et avzec les élèves : l'institutrice et l'éducatrice de la CLIS sont intervenues dans les classes en fournissant d'une façon adaptée à chaque niveau, des informations sur l'autisme et les enfants qui allaient être accueillis (films, dessins, schémas explicatifs),

Les règles du jeu

- le tutorat est basé sur le volontariat des enfants des classes "ordinaires",
- l'engagement d'être tuteur est pris pour un temps déterminé avec les enfants
- les premières actions de tutorat ont été demandées aux élèves duCM1 et du CM2.

Les formes du tutorat

- le tutorat régulier : les enfants sont volontaires pour une semaine (taxis, récréations), pour plusieurs semaines (piscine, BCD ... ).
- le tutorat ponctuel : les enfants viennent chercher les élèves de la CLIS pour des activités qui ne sont pas régulières (goûters, chants, anniversaires etc ... ) et ils les accompagnent durant l'activité.
- le tutorat inversé lorsque les élèves de l'école viennent dans la classe pour partager des activités.

Les enfants tuteurs

Au début de la prise en charge, 90% de l'effectif global souhaitait être tuteur. Après quelques années de fonctionnement, on constate que 40 à 60% des enfants s'intéressent à la CLIS en tant que tuteurs. La "curiosité" du départ a fait place à des motivations plus perceptibles :
- certains enfants sont très motivés et deviennent des "accrocs" du tutorat,
- les filles sont généralement de "bonnes tutrices" face à des enfants agressifs. Les garçons se tiennent généralement plus éloignés,
- ce ne sont pas les enfants scolairement brillants qui sont le plus attirés par le tutorat,
- on constate que les enfants en échec scolaire ou affectif trouvent une valorisation ou une compensation à s'occuper des enfants autistes.
Ces remarques sont d'ordre général, et chaque prise en charge est bien particulière à chaque tuteur

Le suivi du tutorat

- bilan régulier chaque lundi, avec les tuteurs, cela s'est avéré peu intéressant car limité au niveau du temps et peu riche au niveau de la réflexion.
- bilan à la fin de chaque trimestre avec la classe entière, ces réunions sont généralement animées et fructueuses au niveau des échanges.

Durant les récréations, les éducateurs interviennent peu si ce n'est par rapport à la surveillance et à la sécurité. Les enfants tuteurs sont généralement très patients et font preuve d'imagination pour amener les enfants autistes à jouer au ballon, faire du vélo, du patin à roulettes. Ils "osent" peut être davantage que les adultes dans certaines circonstances, et agissent d'une façon intuitive. Nous les laissons faire dans la mesure où cela ne présente pas de danger.
Les difficultés rencontrées

- certains enfants ont tendance à les "surprotéger" et ne leur laissent pas de liberté de mouvement ce qui entraîne des réactions,
- d'autres ont tendance à les considérer comme des poupées et il faut veiller à ce qu'ils ne les traitent pas comme des objets sans bien sûr d'intention malveillante,
- des tuteurs s'attachent d'une manière excessive à un enfant et acceptent difficilement que d'autres s'en occupent,
- il est parfois tentant de faire répéter à un enfant autiste verbal des "bêtises", gros mots, etc...! Les attitudes bizarres des autistes interpellent, étonnent et peuvent servir de support à des jeux, mais cela n'est pas très enrichissant pour les enfants de la CLIS !

Toutes ces constatations amènent des sujets de réflexion permanents au sein de l'équipe et nécessitent de réajuster constamment les prises en charge.
Les effets du tutorat
Pour les enfants autistes, il est évident qu'ils trouvent à l'école des conditions maximales de socialisation. Nous n'avons plus aujourd'hui d'enfants "bulles" repliés dans un coin, nous des élèves actifs dans un milieu ordinaire. Les enfants de la CLIS ont compris que lorsque les tuteurs entrent dans la classe, ils viennent les chercher et certains manifestent leur plaisir, ou se fâchent quand leur tuteur n'arrive pas assez vite.
Pour les enfants "ordinaires", le contact des enfants autistes entraîne un regard différent sur le handicap, la tolérance de l'autre, la participation à une action de citoyenneté. Cela touche également leurs familles, car les enfants racontent ce qui se passe à l'école et informent les parents qui n'ont pas souvent côtoyé des formes de handicap et qui pouvaient être inquiets de la proximité de ces enfants différents au contact des leurs.
Pour les équipes pédagogiques, éducatives et médicales, la mise en place du tutorat amène à une réflexion permanente et à des échanges sur les actions entreprises. Le travail de concertation est réel.

Corinne BOEUF, Institutrice spécialisée
Mai 1998

 
Mise à jour : 20/03/04


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