TROUBLES
DU LANGAGE ET SCOLARISATION |
témoignages |
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Monographie
: l'histoire d'Axel et
réflexions sur le projet individuel d'intégration
Ce qui suit est l'histoire
douloureuse d'un jeune garçon dyslexique dont la handicap n'a jamais
été vraiment pris en compte |
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Dès le début de la maternelle,
où il est entré l'année de ses 3 ans, Axel manifeste des
difficultés d'ordre visuel et psychomoteur. |
| | Il
sera suivi en psychomotricité au Centre Médico-Social (CMS) et en
orthophonie en libéral, jusqu'à l'âge de 7 ans. |
| | En
fin de maternelle, l'institutrice pense qu'Axel ne sera pas capable de suivre
un CP, mais ni elle-même, ni la directrice, ni le médecin scolaire
n'ont de solution ni d'aide à proposer ! |
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Axel est inscrit alors dans une école privée, qui se
compose d'une seule classe. Le fonctionnement est très familial : la grand
mère de l'institutrice vient aider à apprendre à lire aux
enfants
. Axel y fera toute sa scolarité élémentaire.
|
| | Axel
paraît y être heureux, mais il reste toutefois un garçon renfermé
et très fatigable. Il est souvent absent. Mais le médecin de famille
pense que tout s'arrangera quand il sera plus grand, et durant cette période,
les parents s'inquiètent moins, au moins jusqu'au CM1. Dès la fin
du CE2, en effet, Axel se montre incapable de réciter deux lignes, ni d'aligner
les chiffres, ni de placer une virgule... Au cours du CM1, il est vu par le psychologue
scolaire, qui conclut :"Axel va grandir,
c'est lui qui ne veut pas pour l'instant" ! |
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Axel entre en 6ème,
dans un collège privé, malgré l'avis des parents qui pensent
qu'Axel n'a ni le niveau ni le comportement exigés pour suivre cette classe.
De fait, il devra redoubler sa 6ème.. |
| | Durant
ces années, Axel a été très malheureux, parce que
ses difficultés n'étaient pas prises en compte (exemple : la professeur
de géographie ne tient pas compte, dans l'étude des cartes, de son
problème de daltonisme), et parce qu'il était repéré
comme un mauvais élève. |
| | Des
examens au CMPP n'apportent pas d'explication satisfaisante aux difficultés
d'Axel, - sinon par le recours à l'origine familiale
|
| | Les
parents finissent par trouver sur un forum de médecins (internet)
des éléments qui concordent avec les symptômes d'Axel. Une
ancienne secrétaire de lhôpital de Marseille les met alors en contact
avec le service du Dr Habib (année 99). On est à la fin de l'année
scolaire : Axel doit passer en 5ème "à l'ancienneté",
mais personne ne sait quoi en faire ! |
| pp
Le
Dr. Habib - porte alors un diagnostic de dysphasie, |
| | (La
mère , qui a assisté aux deux heures de tests que le Dr Habib a
fait passer à Axel, dira qu'elle a eu le sentiment d'entrer dans un autre
monde. Le Dr prononçait des mots qu'elle ne comprenait pas : dyslexie,
dyscalculie...). |
| | -
et prescrit une prise en charge en orthophonie
(2 à 3 fois par semaine) |
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Axel entre en 5ème
au collège public. |
| | Le
collège a créé une 5ème spéciale qui regroupe
les élèves qui ont des problèmes. Cette initiative part sans
doute d'un bon sentiment, mais l'hétérogénéité
du public et la présence d'élèves ayant de graves problèmes
de comportetment (violence, racket dont Axel est victime...) en font une classe
impossible, et la vie est dure pour Axel. |
| Il
ne semble pas qu'il y ait eu contact entre le Dr Habib et le collège ni
entre l'orthophoniste et le collège.Aucun projet d'intégration n'est
établi.
| |
| | | |
Pourquoi
un projet d'intégration ? Ou : pourquoi un partenariat collège/orthophonie
? | | Le
"projet individuel d'intégration" a pour but |
l d'organiser l'aménagement
de la scolarité en faveur d'un enfant handicapé,
l et/ou d'organiser le partenariat
entre l'établissement scolaire et les professionnels spécialistes
de la prise en charge du handicap. | | Dans
le cas d'Axel, on peut penser que ce second aspect était primordial. La
mère d'Axel a reconnu que la rencontre du Dr Habib l'avait fait "entrer
dans un autre monde". Il aurait fallu que les enseignants entrent à
leur tour dans cet autre monde, et découvrent la problématique de
la dyslexie. C'est pourquoi il aurait été nécessaire qu'ils
rencontrent à leur tour les professionnels de la dyslexie, voire qu'ils
établissent des rencontres régulières pour le suivi d'Axel.
Ce qui constitue précisément l'essentiel et la raison d'être
d'un projet d'intégration. | | Le
handicap, en effet, n'est pas une affaire strictement privée et familiale
: il se manifeste aussi collège, il pèse sur la scolarité.
Il ne concerne pas seulement l'enfant et sa famille, mais également le
milieu scolaire. Doit-on demander au collège d'ignorer le handicap du jeune
ou de le prendre en compte ? Et dans ce cas, n'est-il pas indispensable que les
enseignants se donnent des occasions de rencontrer les professionnels qui suivent
le jeune, et qui sont en mesure de les informer et de les aider à comprendre
ses difficultési, afin d'adapter en conséquence leur comportement
et peut-être leur pédagogie ? | | Par
ailleurs, est-il normal que les parents soient dans la situation de devoir aller
pleurer d'année en année des aménagements de scolarité
qui apparaissent comme des concessions ou des faveurs, alors que le projet d'intégration
correspond à une directive officielle destinée à organiser
institutionnellement l'accueil scolaire des enfants handicapés ? |
|
|
| | En
milieu d'année, réunion de l'équipe
éducative à la demande des parents. |
| | L'équipe
éducative comprend en l'occurrence le Principal adjoint, le professeur
principal, le médecin de santé scolaire, le CIO (Conseiller d'Information
et d'Orientation), et les parents. Mais l'orthophoniste n'est pas présente | |
| | La
famille constate qu'aucun des membres de l'équipe éducative, et
notamment le médecin scolaire, ne paraît avoir une connaissance de
la nature de la dysphasie. Et encore moins de la dyspraxie ! |
| CCPE,
CCSD et projet d'intégration Extraits
de la circ. n° 2002-111 du 30-04-02 : "...
il appartient à la CCPE et à la CCSD de rechercher, dans
la limite de leurs compétences, les mesures d'éducation spéciale
appropriées aux besoins de l'enfant ou du jeune, en complément
de la scolarité, en vérifier la cohérence dans le cadre
du projet individualisé;" "...
il demeure de la responsabilité de la CCPE et de la CCSD de veiller à
une coordination étroite avec les partenaires impliqués dans le
suivi de l'élève." Les
commissions de l'éducation spéciale, CCPE pour le premier degré
et CCSD pour le second degré, ont notamment pour mission d'aider à
la mise en place des projets d'intégration. Que les familles ignorent ces
procédures, on ne saurait le leur reprocher, mais les responsables administratifs,
eux, sont-ils excusables ? Il
faut toutefois reconnaître qu'au niveau du second degré on peut avoir
à faire à des CCSD incompétentes, ou encore mal implantées
et mal acceptées par les Principaux des collèges. Note
: nous citons des textes récents, mais qui ne font que reprendre de manière
plus resserrée des textes plus anciens. | |
| | L'équipe
éducative - reconnaît
qu'elle n'a rien à proposer - évoque
la possibilité d'une orientation en IME (en internat, et s'il y a de la
place) - évoque aussi une
orientation en collège agricole (à S. , avec internat). Refus
de la famille, car Axel n'est pas capable de se prendre en charge. |
| p
La famille se tourne alors du côté
du collège privé de Sorgues, qui annonce une classe de 4ème
adaptée " pour dyslexiques " |
| | -
Il s'avère très vite qu'en fait il s'agit surtout une classe très
hétérogène : dyslexie, retard mental, épilepsie, troubles
du comportement... - Seul l'enseignement du français est relativement
adapté. - Les parents constateront que les professeurs ignorent le
dossier médical d'Axel. - Aucun projet d'intégration
n'est établi, et la possibilité d'un partenariat n'est
pas envisagée. La Principale juge un tel projet inutile et impossible dans
un collège. |
| |
La
famille retirera Axel du collège avant la fin de l'année : Axel
est en dépression, et il est dans le plâtre pour six mois parce que,
semble-t-il, on l'a contraint à pratiquer un sport (badmington) qui ne
lui convenait pas. (Les jeux de raquette sont impossibles pour Axel, le mouvement
de la balle dans l'espace est trop rapide pour lui). |
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Axel redouble sa 4ème au collège |
| | d'Orange,
où il est d'abord accepté "à dose homéopathique"
- selon l'expression de la Principale,- c'est à dire 3 demi-journée
par semaine... |
| | Puis,
après que la famille ait participé à une émission
de télévision et qu'elle ait rencontré le Dr Cheminal, de
Montpellier, qui se dit "prête à intervenir", - ce que
la mère a fait savoir au collège, - Axel est pris à temps
plein. |
| Cette
expression "Mme le Dr est prête à intervenir..." n'est
pas de bon augure. Le partenariat consiste à travailler ensemble, et non
pas à ce que l'un des partenaires, fût-il du secteur médical,
prétende dicter à l'autre ce qu'il doit faire... |
|
| | Le
collège aussi bien que la famille estiment qu'un projet d'intégration
serait inutile. |
| | Fin
décembre, Axel est malade. A partir de ce moment là, il sera souvent
fatigué et il sera malade de mi-décembre à mi-février. |
| | Dès
février, la famille demande une réunion de l'équipe
éducative. Cette réunion aura lieu en mai 2002.
La famille est accompagnée d'une neuro-psychologue belge qui a travaillé
avec des enfants dysphasiques. La professeur de français est intéressée.
|
| | -
Le collège recommande une 3ème d'apprentissage (avec alternance
en entreprise en vue d'un CAP (Axel aura 16 ans en juillet 2002). - Mais les
parents, considérant qu'Axel a des atouts en dessin et en informatique,
- domaine que le père connaît bien, professionnellement, - souhaiteraient
qu'il fasse une 3ème avec une scolarité aménagée,
en vue de faire ensuite une spécialité beaux-arts en informatique. |
| | -
Au collège, Axel s'est peu à peu ouvert aux autres grâce au
skate, et ses camarades l'ont pris en compte. Mais on le surnomme E.T., car il
plane et se perd dans les couloirs...
Il en rit pour faire bonne contenance, mais il en souffre... |
| | Finalement,
et bien qu'aux yeux de certains enseignants Axel soit terriblement trop lent,
le collège accepte qu'il passe en 3ème
avec un contrat d'intégration et en bénéficiant
de 4 heures d'AVS durant les heures creuses (?). |
|
| p
Rentrée 2002 : entrée
en 3ème |
| Le
contrat d'intégration sera établi à la rentrée scolaire.
Le dossier doit également être examiné en CDES, afin d'obtenir
une aide qui permettre qu'Axel bénéficie d'une personne à
domicile pour les matières où il a des difficultés |
| Rappeler que la CCSD est garante du projet d'intégration
en collège : "La
CCPE et la CCSD sont les lieux privilégiés de formalisation et de
suivi de projets individualisés d'intégration".
(Circ. n° 2002-111 du 30/04/02). Insister
pour que le secrétaire de la CCSD soit présent lors de la réunion
d'élaboration du projet. | |
| Qui
seront les partenaires du contrat ? |
| p
Notre conclusion, au 20
juin 2002 |
Nous
avons le sentiment que dans cette histoire - les difficultés d'Axel
apparaissent mal, comme si elles n'avaient jamais été très
bien reconnues, - que le partenariat n'a jamais existé, - que
les dispositifs institutionnels sont en panne, et qu'on n'a entendu parler ni
de CCPE ni de CCSD... - et qu'une
scolaristé en clis et en upi "pour bespoins éducatifs spécifiques"
destinée aux enfants dyslexiques (circ. du 31 janv.
2002) aurait peut-être été plus heureuse... | | Somme
toute, si l'on avait un seul conseil à donner aux parents, ce serait de
s'attacher à favoriser le partenariat entre le collège et les professionnels
du handicap, dans le cadre du projet individuel d'intégration. |
|
| |
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| pp
Complément écrit en décembre 2005 |
| | Axel
a fait une troisième très aidée - et n'a pas passé
le brevet. |
| | Axel a envisagé
de préparer un BEP pour être opticien mais malgr' la compréhension
des professeurs cette orientation s'est avérée impossible à
la suite des tests de motricité fine. |
| | Il
a refait une seconde de BEP vente, mais il a été pris rapidement
en charge par la MIJEC qui lui a fait passer des tests psychotechniques et l'a
aidé pour faire des stages en boulangerie puis en restauration. Axel y
a mis beaucoup d'acharnement et est parvenu à trouver un patron qui l'a
pris deux mois à l'essai en restauration. Le patron connaissait Axel et
ses problèmes mais avait du mal à comprendre le problème
des perceptions des demandes. |
| | Dans
le même temps, Axel est inscrit au CFA de Vannes et il a un contrat avec
l'association graphique qui l'aide dans ses cours. Il va toujours chez l'orthophoniste
une fois par semaine et refait un peu de pshychomotricite. Au travail, il a eu
du mal à étaler ses pâtes pour les pizzas, à aller
vite, à comprendre mais tout doucement ça se fait, malgré
tous ses problèmes. |
| | Il
commence à se réintégrer tout doucement, il a arrive à
faire ses allers et retours pour le boulot en scooter sans avoir un accident par
mois ! Mais il est encore incapable de gérer son argent et et tout ce qui
est administratif. Rien donc n'est encore gagné, sauf son envie de
réussir malgré tout. Il a peur de passer son permis voiture... |
| | Mais
il l'aura ! |
| | |
| Nous
remercions les parents d'Axel, qui nous ont raconté son histoire et nous
ont autorisé à la reproduire en y ajoutant nos propres commentaires.
P.B. |
Mise
à jour : 29/01/06

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